La situation des enfants dans le monde 1998: Regard sur la nutrition
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L'initiative des hôpitaux amis des bébés

En complément des efforts menés dans les communautés pour protéger, promouvoir et soutenir l'allaitement maternel et pour faire appliquer le Code, l'UNICEF et l'OMS ont entrepris en 1991 une action d'envergure visant à transformer les méthodes pratiquées dans les maternités.

L'initiative des «hôpitaux amis des bébés», comme on l'appelle, a mis en place un programme structuré pour soutenir l'allaitement maternel et, en tout juste six ans, a aidé à transformer plus de 12 700 hôpitaux dans 114 pays en centres de soutien d'une bonne alimentation infantile. Ces hôpitaux «amis des bébés» sont des havres de protection pour l'allaitement maternel, où les femmes et les enfants ne sont pas en butte à la publicité et aux activités promotionnelles pour le lait en poudre ou les biberons, et où ils peuvent recevoir une aide efficace ainsi qu'une bonne information afin de bien commencer l'allaitement.

Cette initiative a une approche simple, mais complète. Par un programme de formation OMS-UNICEF qui a été traduit dans les langues officielles de l'Organisation des Nations Unies et dans beaucoup d'autres, le personnel professionnel des maternités apprend à encourager l'allaitement. De concert avec les directeurs ou administrateurs de leur centre de santé, les membres du personnel s'engagent à suivre les «dix conditions pour le succès de l'allaitement maternel» définies par l'initiative (voir Repères: Dix conditions pour le succès de l'allaitement maternel). Il faut par exemple faire en sorte que l'enfant reste constamment auprès de sa mère, que les femmes puissent commencer à allaiter le bébé très vite après la naissance et qu'elles continuent à nourrir leur enfant à la demande et exclusivement au sein pendant leur séjour à l'hôpital.

La dixième condition est de créer des associations de soutien à l'allaitement sur lesquelles les jeunes mères peuvent s'appuyer. Les hôpitaux ne peuvent être déclarés «amis des bébés» qu'après que des évaluateurs indépendants spécialement formés ont vérifié qu'ils réunissent les dix conditions.

Cette initiative a remporté un succès extraordinaire. Plus d'un million de personnes travaillent à mettre en œuvre son programme, et le rythme global d'octroi des labels aux hôpitaux n'a pas ralenti. Le déclin de l'allaitement, particulièrement dans les zones urbaines, a été renversé pays après pays depuis la mise en œuvre de l'initiative (voir encadré 13).

UNICEF/5770/Sprague

Un hôpital «ami des bébés» ne sépare pas les enfants de leurs mères. Ici, au Brésil, mère et enfant font chambre commune.

Le succès de l'initiative peut aussi se mesurer dans l'état de santé des jeunes enfants. Au Panama, le ministère de la Santé a signalé qu'en un an à peine, dans un seul centre «ami des bébés», l'hôpital Amador Guerrero, les infections respiratoires avaient diminué de 50% et les cas de diarrhée de 15% chez les nourrissons. Au nord-est du Brésil, l'hôpital Acari estime qu'il doit à l'initiative des «hôpitaux amis des bébés» d'avoir pu réaliser des économies de coût spectaculaires grâce à la diminution des hospitalisations de nourrissons et à la réduction du taux de létalité les concernant. On a estimé que pendant les deux premières années de mise en œuvre de l'initiative à l'Hôpital central de Libreville au Gabon, les cas de diarrhée chez les nouveau-nés ont diminué de 15%, la déshydratation de 14% et la mortalité de 8%.

Succès hors du monde en développement
L'initiative des «hôpitaux amis des bébés» n'est pas réservée aux pays non industrialisés.

Une évaluation menée en République de Moldova, naguère partie de l'ex-Union soviétique proche de la frontière roumaine, a montré qu'en deux ans, le programme avait fait tomber d'environ 18% à 7,5% le taux moyen des infections néonatales dans quatre hôpitaux «amis des bébés». Ce taux est passé de 23% à 3,4% dans le premier hôpital devenu «ami des bébés». La proportion de mères commençant à allaiter leur bébé a remonté de manière appréciable dans le pays et les taux de poursuite de l'allaitement à 6 et 12 mois ont été nettement plus élevés au cours de la période d'application du programme.

Des résultats similaires sont rapportés en Amérique latine et en Asie, et certains pays procèdent actuellement à des évaluations approfondies sur l'impact de cette initiative. Aux Etats-Unis, le programme est actif et 11 hôpitaux ont été déclarés «amis des bébés».

L'initiative, conçue par un petit groupe d'experts doués d'imagination et d'ascendant, a été testée, modifiée, puis introduite dans le monde entier. Mais elle n'aurait jamais pu réussir sans l'engagement des institutions locales et des communautés. Les ONG locales de nombreux pays ont joué un rôle notable dans la promotion et le soutien de l'initiative. Et par ses activités de création de réseaux, de partage d'information et de plaidoyer, WABA (World Alliance for Breastfeeding Action: Alliance mondiale pour l'action en matière d'allaitement maternel), une ONG internationale, fondée en 1991, a aidé à concrétiser des actions à l'appui de l'initiative et de la poursuite de l'allaitement après la sortie de l'hôpital.

Même si leur création a précédé l'initiative, les comités nationaux en faveur de l'allaitement maternel ont été stimulés par ces résultats concrets. Des associations professionnelles de pédiatres et d'obstétriciens ont approuvé le programme et se sont formées dans ce contexte.

L'initiative a également aidé à inscrire fermement l'allaitement maternel à l'ordre du jour politique. Le défi à relever est de mettre à contribution l'énergie politique étayant l'initiative pour faire sortir la promotion et le soutien de l'allaitement maternel des murs des hôpitaux et pour que les associations de soutien deviennent une priorité constante des communautés et des gouvernements.

Compléter l'allaitement maternel
Une bonne alimentation infantile inclut non seulement un soutien à l'allaitement, mais aussi de bonnes pratiques d'alimentation complémentaire pour les enfants de plus de six mois dont les besoins nutritionnels ne sont plus entièrement couverts par le lait maternel, bien que la poursuite de l'allaitement jusqu'à la deuxième année de vie demeure importante (voir encadré 14).

Le Programme tanzanien de survie et de développement de l'enfant est à l'origine d'un certain nombre de progrès notables dans la préparation à la maison d'aliments complémentaires de bonne qualité, y compris des bouillies plus liquides et de ce fait mieux acceptées par les jeunes enfants.

Néanmoins, il n'y a pas si longtemps encore, il n'existait pas de consensus scientifique solide sur un certain nombre de questions relatives aux besoins alimentaires complémentaires des enfants plus âgés nourris au sein. L'OMS et l'UNICEF ont récemment réuni un groupe d'éminents scientifiques et de praticiens de programmes, familiers de ces problèmes; le rapport de consensus qui sera bientôt publié contiendra des indications techniques pour améliorer l'alimentation complémentaire.

 

 
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